Churchill Falls : l’ouest du Labrador convoite l’énergie des nouvelles centrales
Sous la neige, Jordan Brown balaye du regard une parcelle de terre vacante dans le parc industriel de Wabush, dans l'ouest du Labrador. Un camp de travailleurs devrait s’y trouver, mais la construction est bloquée tellement cette région manque d’électricité. L'élu reconnaît toutefois qu'il y a peut-être raison d'espérer. Dans sa région isolée, où l’industrie minière domine à la fois l’économie et le paysage, le nouveau protocole d’accord sur Churchill Falls fait rêver politiciens et chefs d’entreprise qui ont soif d’électricité. Jordan Brown, député néo-démocrate provincial, au parc industriel de Wabush, au Labrador, mardi. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler L’entente de principe, annoncée en décembre, revoit à la hausse le prix de l’électricité de la centrale existante de 5428 mégawatts à Churchill Falls, mais ouvre aussi la voie à de nouvelles installations hydroélectriques. Hydro-Québec s’occupe de la construction d’une deuxième centrale de 1100 mégawatts à Churchill Falls et d’un nouveau barrage de 2250 mégawatts à Gull Island, en aval du fleuve Churchill, mais une partie importante de la production sera réservée au Labrador. Devant les 300 participants du congrès minier MINEx mardi à Wabush, le négociateur d’Hydro T.-N.-L. a rappelé qu’une étude de faisabilité, financée par Ottawa et le gouvernement provincial, a été lancée l’an dernier pour évaluer la construction d’une nouvelle ligne de transport de 250 km entre Churchill Falls et Wabush. Le vice-président des affaires commerciales à Hydro Terre-Neuve-et-Labrador, Walter Parsons, prononce un discours sur l'entente de principe portant sur Churchill Falls, lors du congrès minier MINEx mardi à Wabush. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler La ligne sera payée par les compagnies minières de la région, avec l'objectif de rehausser la production et de réduire leurs émissions. La construction s’étalera sur cinq ans et l’électricité disponible dans l’ouest du Labrador augmentera de façon progressive dès 2031. Champion Iron veut lancer la production d’ici six ans, mais tout dépend de la construction de la nouvelle ligne à haute tension. Les lignes de transport de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls en 2023. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Danny Arsenault La ligne sera aussi essentielle pour que les mines de Tacora et d’IOC-Rio Tinto atteignent leurs objectifs environnementaux. IOC-Rio Tinto, le plus gros pollueur industriel de Terre-Neuve-et-Labrador, promet d'être carboneutre d’ici 2050. Justin Séguin, vice-président du développement des affaires à PG Construction, au congrès MINEx à Wabush le 18 février 2025. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Selon Hydro T.-N.-L., tous les projets de constructions promis en vertu de l’entente de principe seront réalisés d’ici 2035. Hydro T.-N.-L. et Hydro-Québec doivent entériner l’entente de principe d’ici avril 2026.Ce terrain sera vacant tant que nous n’aurons pas plus d’énergie
, déplore le député néo-démocrate provincial.
Entre aujourd’hui et 2035, on va tripler la quantité d’électricité à Churchill Falls qui sera disponible au Labrador. Aujourd’hui, on a accès à 525 mégawatts. Ça va atteindre 1500 vers 2035
, promet Walter Parsons, vice-président des affaires commerciales à Hydro Terre-Neuve-et-Labrador.
Ambitions du secteur minier
Nous étions très heureux de l’annonce de ces nouveaux projets visant à produire plus d’électricité pour l’ouest du Labrador
, affirme Kevin Foley, directeur du projet Kami. Proposé par Champion Iron, qui exploite la mine Bloom Lake, de l’autre bord de la frontière avec le Québec, le projet est évalué à 4 milliards $ et représente 600 emplois permanents.
Si les activités des compagnies minières prennent de l'ampleur, ça veut dire qu’il y a plus de business pour nous
, renchérit Yves Ste Marie, vice-président du développement des affaires à Iron City Services.Je pense que ça va juste améliorer la région et ça va permettre beaucoup de potentiel et d’opportunités
, note Justin Séguin, vice-président du développement des affaires à PG Construction, un entrepreneur qui travaille étroitement avec les compagnies minières de la région.
J’espère que ces projets verront le jour, mais il faut éviter qu’ils nuisent à nos communautés
, tempère toutefois le maire de Wabush, Ron Barron. Il craint notamment que l’activité économique engendrée par la construction de nouveaux projets hydroélectriques exacerbe la pénurie de logement et de main-d’œuvre dans la région.
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